Un Erasmus abordable
Etudier dans une ville à l'étranger n'est pas hors de prix. La preuve : pour un Erasmus en Irlande, c'était 4 300 euros pour cinq mois. Il existe aussi l'Erasmus Belgica, pour renforcer les liens entre communautés en Belgique. Une opinion de Jean-François VANWELDE, Auteur du livre "La vie d'un Erasmus à Dublin : seul face à l'inconnu".
Partir en Erasmus sans exploser les budgets : c'est possible. Contrairement aux idées reçues, étudier dans une ville à l'étranger n'est pas inabordable, d'autant plus qu'une bourse est prévue. Nombre d'étudiants en Erasmus trouvent un job sur place, comme ils le font en Belgique. Cela leur permet de parler dans une autre langue et de financer leurs activités. Par ailleurs, il est aussi possible de limiter les coûts d'une telle expérience. Sans se priver du nécessaire, en vivant normalement, le coût de la vie en Erasmus n'est pas beaucoup plus élevé que le coût de la vie d'un étudiant qui kotte en Belgique. En fait, c'est le logement qui est coûteux.Je suis parti en Erasmus à Dublin. J'ai tenu une comptabilité détaillée de mes dépenses. Pour bien analyser les chiffres que je vais vous donner, il faut savoir que l'Irlande est un pays cher. Le coût de la vie à Dublin est semblable au coût de la vie à Paris, du moins quand j'y étais en 2008, avant la crise financière. J'avais d'ailleurs choisi un logement particulièrement modeste. Pour une chambre partagée avec un étudiant tchèque, je déboursais un montant de 400 euros par mois. L'idée de partager une chambre étonne dans la culture francophone, alors que nombre d'étudiants étrangers sont coutumiers du fait.
A l'analyse, je peux ainsi dire que mon séjour en Erasmus a coûté 4 300 euros, intégrant un retour de huit jours en Belgique. Certes, j'ai eu quelques frais de voyages touristiques ou culturels, mais c'est également ce qui apporte une plus-value à l'expérience. De ces 4 300 euros, il faut déduire la bourse de 1 079 euros, sans oublier que les frais de nourriture, idéalement, devraient être partiellement déduits, vu que l'on s'alimente également - mais à moindres frais - en Belgique. Comme frais indirects à ajouter : l'investissement dans un ordinateur portable me semble indispensable.
Concrètement, les 4 300 euros (cinq mois) sont à décliner comme suit :
- logement : 2 000 euros;
- nourriture : 1 000 euros;
- tourisme (musées, transport, nuitées) : 500 euros;
- transport à Dublin : 150 euros;
- avion (A/R) : 250 euros;
- divers : (vêtements, photocopies, Internet, téléphone, cinémas, soirées ) : 400 euros.
J'insiste sur le fait que Dublin est une ville chère. Partir en Erasmus dans une autre ville européenne sera probablement moins onéreux. D'autre part, j'ai économisé sur le transport grâce à mes déplacements à vélo, et j'ai vécu sobrement.
S'il faut donner la possibilité à tout étudiant de partir, il ne faut évidemment pas rendre l'Erasmus obligatoire. Pourquoi obliger un étudiant à quitter six mois son environnement - famille, ami(e) proche - s'il ne le désire pas ? Partir en Erasmus doit rester un choix personnel.
Par ailleurs, nous doutons que les finances de la Communauté française puissent permettre d'envoyer tout le monde à l'étranger. Et si tel devait être le cas, il serait peut-être plus judicieux de mettre la priorité sur nos écoles et universités pour renforcer la qualité des infrastructures et de l'enseignement.
Par contre, une initiative née en 2004 est à promouvoir : l'Erasmus Belgica. Grâce au Fonds Prince Philippe, un étudiant francophone peut recevoir une bourse pour partir en Flandre ou en Communauté germanophone. Ce type d'Erasmus a l'avantage de renforcer le lien entre les jeunes des différentes communautés en Belgique par une meilleure connaissance de l'autre. C'est sûr, la Flandre est moins exotique que l'Espagne ou l'Italie, mais l'étudiant reste dans un système qu'il connaît. Il reste à proximité de ses proches, tout en vivant une expérience nouvelle et enrichissante.
C'est pour cela que l'Unécof souhaite que l'on exploite davantage cette ressource qu'est l'Erasmus Belgica. Tant pour diversifier la formation que pour la connaissance des autres communautés, ce qui permet de faire tomber certains clichés et rapprocher les étudiants entre eux. La Belgique a la chance d'être l'Europe en miniature : utilisons positivement cette force pour renforcer la cohésion de notre pays.
Mis en ligne le 29 novembre 2010 sur le site de La Libre Belgique [Source]

